Le marché de la voiture d’occasion s’industrialise

Les usines de reconditionnement de véhicules d’occasion profitent de la forte croissance du marché de l’occasion.

Il s’est vendu plus de 4 millions véhicules de seconde main sur les huit premiers mois de l’année.

Porté par la rareté des voitures neuves disponibles et par leurs prix élevés, le marché de l’occasion a le vent en poupe. En France, sur les huit premiers mois de l’année, il s’est vendu plus de 4 millions de voitures particulières d’occasion (contre 1,26 million de voitures neuves!). «L’année 2021 est exceptionnelle, même par rapport à 2019, note Marie-Laure Nivot, de AAA DATA, qui analyse les données d’immatriculations en France. Le marché de l’occasion comme celui du neuf tient compte du manque d’offre.» Sa taille et ses marges attirent de nouveaux investisseurs. Et les usines de reconditionnement de véhicules d’occasion en profitent.

Il y a quelques jours, deux acteurs français du monde de l’automobile, le groupe de concessions Emil Frey (250 points de vente en France) et BCAuto Enchères, une plateforme de ventes de véhicules d’occasion destinée aux professionnels, ont annoncé l’ouverture d’une série de centres de reconditionnement qui seront répartis dans les grandes régions françaises. Un moyen de sécuriser leur approvisionnement en véhicules et d’accroître leurs marges. Car le risque existe de voir les stocks de véhicules d’occasion fondre à toute vitesse.
Leurs prix grimpent déjà. Hervé Miralles, le président du groupe Emil Frey France, estime avoir perdu un quart de son gisement ces derniers mois. L’un des grands canaux d’approvisionnement, les loueurs, qui écoulent leurs véhicules récents sur le marché de l’occasion, ont arrêté d’en acheter des neufs l’an passé pendant les périodes de confinement.

Une marge de 500 euros à 600 euros par voiture

D’ici à 2024, les deux partenaires prévoient d’avoir ouvert cinq centres de reconditionnement d’une surface de 5 à 10 hectares. Le premier, implanté près de Poitiers (Vienne), tourne déjà depuis l’an dernier. Le deuxième, proche de Lens (Pas-de-Calais), sera prêt début 2022, avec 360 salariés qui travailleront en trois équipes. Les autres suivront à Reims (Marne), puis dans le Sud-Est et enfin dans la région lyonnaise. Chacun devrait remettre en état 45.000 véhicules par an.
Les concessions Emil Frey pourront reprendre des véhicules d’occasion à des loueurs et à des particuliers. Une fois reconditionnés, ils seront revendus sur la plateforme en ligne du groupe, baptisée Autosphere.com, ou sur celle de BCAuto.
Cette organisation industrielle va réduire les coûts et les délais de remise en état des véhicules. Hervé Miralles estime que la marge nette, avant paiement des loyers, s’établit entre 500 euros et 600 euros par voiture d’occasion vendue.

Une hausse des ventes de 32 % en neuf mois

Le grand acteur français du reconditionnement Aramisauto.com se félicite d’avoir pris ce virage il y a sept ans en ouvrant son usine de Donzère, dans la Drôme. Au troisième trimestre, cette filiale de Stellantis a vu ses ventes bondir de 68% par rapport à l’an dernier. Sur les neuf premiers mois, la hausse est de 32%, à 966 millions d’euros.

«Nous avons la chance d’avoir plusieurs sources d’approvisionnement, rappelle Guillaume Paoli, directeur général délégué d’Aramis Group. Nous avons lancé la reprise de véhicules sans obligation d’achat dès 2011. En plus des particuliers, nous nous approvisionnons auprès de Stellantis, avec les véhicules de collaborateurs et les retours de loueurs, et auprès des marchands professionnels.» Le catalogue en ligne parvient à suivre. «Nous constatons que les voitures se vendent plus vite», ajoute Guillaume Paoli. Longtemps méprisé, le marché de l’occasion a acquis ses lettres de noblesse.

Valérie Collet